Projets

Des arts trompeurs à la post-vérité : régimes d’authenticité

Des arts trompeurs à la post-vérité : régimes d’authenticité

Co-chercheurs : Renée Bourassa (Université Laval), Jean-Marc Larrue (Université de Montréal), Fabien Richert (UQAM) et Samuel Szoniecky (Université Paris 8).

Ce projet de recherche, d’une durée de 3 ans, est financé par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (CRSH).

Résumé

Ce projet vise à étudier les régimes d’authenticité prenant place dans une ère de post-vérité, soit les transformations des systèmes de vérité, d’autorité et de légitimité à l’oeuvre dans les dynamiques de médiations contemporaines. L’authenticité est définie notamment par la qualité d’un fait conforme à la vérité, que ce soit celui d’un événement historique, politique ou juridique, d’une trace archéologique, d’une archive ou d’une oeuvre artistique, dont la qualification est déterminée par la certitude sur sa source ou son origine. Les objets de recherche, abordés de façon intermédiale, sont situés à la fois dans les pratiques illusionnistes/fictionnelles des arts vivants et numériques, du cinéma et de la littérature – qualifiés d’« arts trompeurs » – et dans celui des techniques de persuasion ou de manipulation intervenant dans l’espace communicationnel actuel, lesquels activent « les puissances du faux ». Ces objets suscitent des imaginaires sociaux qu’il s’agira d’étudier en les mettant en relation l’un avec l’autre, pour mieux en exposer les rouages.

Comment opèrent les dynamiques de médiation façonnant l’espace hypermédiatique contemporain selon différents régimes d’authenticité et quelles sont les filiations historiques de ce phénomène nous permettant de mieux en comprendre les incidences contemporaines ? Afin de répondre à ces deux questions de recherche, nous posons l’hypothèse que les mêmes mécanismes sont à l’oeuvre dans les deux modes artistique et informationnel, alors que les régimes d’authenticité varient selon le cadre pragmatique qui les instaurent.

Les questions entourant l’authenticité se jouent autant à travers les arts trompeurs qu’à travers les manifestations de la tromperie associés à la propagande et à la désinformation dans l’espace public, en infléchissant les régimes de croyance. Le phénomène dont nous voulons rendre compte n’est donc pas nouveau en soi, car il découle du très ancien art du mensonge tel qu’il se pratique depuis l’invention du langage et dont les manifestations sont multiples. Cependant, il nous apparaît que le problème est devenu particulièrement saillant en raison de la complexification croissante de l’environnement médiatique autour d’une croissance exponentielle de l’information, du phénomène du débordement qui en découle, de la mise en cause de nos capacités attentionnelles et de la transformation des schèmes d’autorité participant de l’authenticité, auxquels s’ajoute le développement de technologies toujours plus raffinées dans l’art de la simulation et de la tromperie.

Le projet vise donc, en premier lieu, à mener une réflexion théorique en profondeur pour comprendre les formes d’authenticité, afin de développer une meilleure compréhension des mécanismes activant les « puissances du faux ». En deuxième lieu, nous voulons repérer, documenter et analyser les oeuvres et les phénomènes de médiation contemporains relatifs à la question de l’authenticité, selon la perspective de l’intermédialité et de l’archéologie des médias, afin d’en retracer les filiations historiques et de mieux en comprendre en retour les enjeux actuels. En troisième lieu, sur le plan méthodologique, nous développons un dispositif d’éditorialisation innovant dans le sillon des Humanités numériques, soit un écosystème de recherche et de connaissances à partir des avancées et des méthodes du Web sémantique afin de rendre compte de nos processus de recherche et de nos résultats.

Notre projet s’adresse tant à la communauté universitaire (chercheurs, étudiants) qu’au grand public. L’une de ses retombées est de contribuer à augmenter la littéracie informationnelle et numérique pour ces deux clientèles.

Design et remédiation du livre en contexte numérique : pour une approche intégrée des pratiques culturelles du numérique

Renée Bourassa (chercheure principale, Université Laval), René Audet (co-chercheur, Université Laval)

Ce projet de recherche a été financé par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada (2015-2020).

Résumé

Ce projet de recherche se situe dans le vaste contexte des recherches sur les pratiques créatives et expressives issues de la culture numérique. Il porte plus précisément sur le livre numérique dans ses formes actuelles et prospectives, objet dont l’extension des affordances soulève la question d’une hybridité complexe : même déployé dans le numérique, le livre n’échappe pas au régime de la culture matérielle où il apparaît comme une mutation dynamique, proliférante de sa forme millénaire. Pour jeter un éclairage neuf sur ce phénomène, nous étendons à dessein l’idée de livre numérique, de façon à inclure de nouvelles configurations qui ne relèvent pas seulement de la dimension textuelle mais de l’ensemble des ressources multimodales mises en oeuvre par le design numérique. Ici, l’idée centrale de livre agit en tant que concept fédérateur d’un ensemble de pratiques créatives qui en multiplient les configurations potentielles, allant du dispositif textuel jusqu’aux environnements immersifs issus de la simulation 3D. En étendant l’héritage du livre, ces configurations se déploient autour de propositions fictionnelles ou narratives qui déplient les imaginaires de façon inédite. Livres augmentés, fictions hypertextuelles, oeuvres web et fictions hypermédiatiques contribuent à déplacer et à réinventer nos rapports à la forme ou à la figure du livre.

Le concept central de livre nous mène à convoquer deux approches attentives à ses contenus et à sa mise en forme, tout comme à son histoire et à son devenir, mais dont les méthodes diffèrent : celle des études littéraires et celle du design. D’une part, les études littéraires posent un regard en amont sur les pratiques du livre et étudient ses corpus par l’approche de la poétique et de l’esthétique, à travers ses dimensions symboliques et ses figures. D’autre part, le design situe ses objets d’étude dans une perspective de mise en projet, en dirigeant son attention vers leurs processus ainsi que vers leurs dimensions expérientielles et performatives. Une nouvelle approche critique, intégrant études littéraires et design, permet de saisir la complexité de cette réalité multimodale du livre, que les pratiques innovantes du design numérique réinventent.

Afin de mieux comprendre le statut, la fonction et la portée du livre dans les propositions culturelles récentes et dans ses dimensions prospectives, une perspective critique riche, alimentée aux courants théoriques traversant la culture numérique est privilégiée. Le projet hérite des nettes avancées d’une histoire du livre désormais ancrée dans les humanités numériques.

Du spectacle magique au numérique : espaces liminaires de l’authenticité

Co-chercheurs : Jean-Marc Larrue (Université de Montréal) et Renée Bourassa (Université Laval)

Ce projet a été financé par le Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada.

Résumé

En se situant dans la perspective de l’intermédialité et de l’archéologie des médias, le projet veut exploiter un champ nouveau et prometteur de l’histoire des médiations techniques qui a été très peu exploré jusqu’à présent, soit celui du spectacle de magie. Il convoque un dialogue entre l’histoire et l’actualité de la médiation technologique et des pratiques médiatiques en mettant en relation deux moments clés, soit le tournant des XXe et XXIe siècles. Selon otre hypothèse, ces deux moments, correspondant à la révolution électrique des XIXe-XXe siècle et à l’émergence de l’écosystème numérique actuel, constituent deux espaces-charnières de transformations médiatiques dont la mise en relation permet de mieux comprendre les formes et les régimes d’authenticité générés par les dynamiques de médiation technologiques.

Le projet repose sur une étude de cas remarquable, structurée autour du corpus Houdini de la collection Allan Slaight du Musée McCord. La valorisation scientifique de cette collection d’archives unique représente une opportunité exceptionnelle. Il s’agit de la plus grande collection sur le spectacle de magie au Canada et l’une des plus importantes au monde. Cette collection comprend plus de 1000 documents rares et artéfacts ayant appartenu au célèbre magicien Houdini, ou ayant eu rapport avec lui. Tel qu’il se dégage du corpus d’archives, Houdini s’impose comme une figure-phare du rapport entre médiation et authenticité et des résonances entre les deux périodes. » Maître du mystère » et de l’illusion, il a été le pourfendeur acharné des » frauduleux » médiums spirites. Auteur infatigable d’ouvrages de dénonciation et de révélation, il a été également un plagiaire récidiviste. Nous nous servirons de cette figure remarquable pour penser l’espace médiatique/numérique contemporain autour de l’authenticité et de la médiation. Multipliant les aller-retours entre le passé et l’époque actuelle, marquée par les fake news et les » faits alternatifs « , nous voulons questionner la puissance des espaces liminaires de configuration et de transformations des imaginaires sociaux. L’analyse projetée porte autant sur la nature et la matérialité de la médiation que sur ses hybridités (espace tangible /vs numérique; représentationnel /vs performatif ) dans la configuration de nouveaux dispositifs scéniques et médiatiques contemporains.

Révélations daoustiennes : nouvelles perspectives sur le théâtre francophone du Québec (1895-1940)

Co-chercheurs : Jean-Marc Larrue, chercheur principal (U. de Montréal); Micheline Cambron co-chercheure (U. de Montréal).

Ce projet de recherche est financé par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH).

Résumé

Julien Daoust (1866-1943) est ce qu’il est convenu d’appeler un homme de théâtre complet. C’est du moins ce qui ressort de l’analyse des chroniques théâtrales de l’époque, à Montréal comme à Québec. Acteur, adaptateur, auteur, traducteur, metteur en scène, directeur de troupe, directeur de théâtre, producteur de spectacles et de tournées, formateur, Daoust est de loin l’artiste de théâtre le plus médiatisé et le plus connu pendant les années 1900-1925 (Godin, 1983; Larrue, 1987), qui sont les plus fertiles de sa vie professionnelle. Pourtant, ni l’auteur apprécié et fécond, ni l’acteur célébré, ni le metteur en scène inventif n’ont survécu dans la mémoire collective. Si cet oubli se limitait à une carrière individuelle, fût-elle remarquable, ses dommages resteraient limités. Mais si l’action tentaculaire de Daoust, dans tous les champs de la pratique théâtrale professionnelle, est aussi innovante, structurante et déterminante que nous l’anticipons, elle peut servir de révélateur à une époque exceptionnelle sur le plan théâtral, tant par son dynamisme et sa solidité institutionnelle que par son inscription dans la modernité et dans les avant-gardes historiques. L’enchaînement des effets ne s’arrête pas là. Cette nouvelle compréhension de cette période de l’histoire théâtrale francophone du Canada (et du Nord-est des États-Unis) appellerait, à son tour, au réexamen des rapports entre le théâtre local et les théâtres américain et européen contemporains, et, plus encore, à une révision de l’histoire générale du théâtre professionnel et francophone du Canada et des conjonctures qui la façonnent.

Nos anticipations ne sont pas de simples intuitions. En 1969, les enfants de Daoust remirent à la BNQ (devenue depuis BAnQ) une boîte d’archives, contenant, entre autres, une dizaine de pièces de théâtre, provenant de leur père. Dès que ce fonds a été rendu accessible au public, il a attiré l’attention de nombreux chercheurs issus de disciplines variées – cinéma, histoire culturelle, histoire générale, littérature, sociologie et, bien sûr, théâtre. Ils étudièrent ce fonds avec un tel empressement qu’on peut bien parler, en l’occurrence, de l’émergence des études daoustiennes. Celles-ci se sont poursuivies jusqu’au milieu des années 1990, alors que la vague retombait. Sans apporter de réponse décisive, cette première vague confortait l’hypothèse du « grand oublié ». Ce bilan mitigé s’explique, en bonne partie, par les limites du fonds qui n’a pas tenu ses nombreuse spromesses, c’est-à-dire, en dernière analyse, par ceux et celles qui l’avaient constitué, les enfants Daoust. Le silence s’est réinstallé depuis 1995. Puis, en 2016, le décès de la dernière fille de Daoust, a eu pour effet la mise au jour, par les petits-enfants, d’archives abondantes oubliées et rassemblées aujourd’hui dans le Fonds familial Julien Daoust. Ce fonds est cinq fois plus volumineux que celui de la (BAnQ) – dont 35 pièces de théâtre, des relevés de mise en scène, des documents légaux et financiers, une importante correspondance, des objets scénographiques, etc. C’est ce fonds privé, que nous avons pu consulter et auquel nous avons accès, qui est l’élément déclencheur du présent projet. Notre objectif est double. En nous appuyant sur l’analyse approfondie de ce fonds, nous comptons, d’une part, démontrer le caractère exceptionnel de la carrière de Daoust et, d’autre part, renouveler radicalement la compréhension que nous avons de cette période et de sa résonance historique. Notre équipe multidisciplinaire s’appuiera sur les dernières avancées des Humanités numériques pour mener à terme ce vaste projet qu’hébergera, pendant quatre années, le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises de l’Université de Montréal (CRILCQ).